Note technique IFV: Maladies de la vigne 2019

Comité de rédaction

Il est constitué d’experts des structures suivantes :
–  IFV : Institut français de la vigne et du vin
–  Anses-CASPER: Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail – Unité Caractérisation et suivi des phénomènes d’évolution des résistances aux produits de protection des plantes
–  INRA : Institut national de la recherche agronomique
–  CIVC : Comité interprofessionnel du vin de Champagne (Comité Champagne),
–  Chambres d’agriculture,
–  DGAL-DEVP : Direction générale de l’alimentation –Département de l’expertise vétérinaire et phytosanitaire

Objectifs de la note technique commune « Maladies de la vigne »

Ce document vise à :
1) présenter les éléments de stratégie préventive en matière de sélections des résistances,
2) décrire le statut des résistances en 2018 vis-à-vis des principales familles de substances actives homologuées, dans les populations de Plasmopara viticola (agent du mildiou), Erysiphe necator (agent de l’oïdium de la vigne), Botrytis cinerea (agent de la pourriture grise) et de Guignardia bidwellii (agent du black-rot)
3) établir des recommandations générales vis à vis de ces résistances dans un objectif de réduction et d’optimisation des traitements fongicides.

Sources d’information

Les recommandations rédigées ci-dessous se basent d’une part sur la connaissance du statut des résistances dans les populations (occurrences des résistances, vignobles concernés, pertes d’efficacité éventuelles observées dans les essais) et d’autre part sur la connaissance des mécanismes de résistance et les caractéristiques des souches résistantes (niveau de résistance, spectre de résistance croisée notamment).

Ces différentes informations sont issues :

–  des résultats du plan de surveillance national de la résistance aux produits phytopharmaceutiques. Ce plan de surveillance, piloté par la DGAL-SDQSPV, participe au suivi des effets non intentionnels des pratiques agricoles de l’axe 1 (surveillance biologique du territoire) du plan ECOPHYTO II. Les analyses sont réalisées, en collaboration, par le laboratoire de l’Unité CASPER de l’Anses de Lyon et les laboratoires de l’INRA,
–  des résultats d’autres plans de surveillance, comme celui du Comité interprofessionnel du vin de Champagne,
–  des données de terrain, notamment issues d’essais d’efficacité en situation de résistance,
–  des communications de professionnels et des sociétés phytopharmaceutiques auprès des experts du comité de rédaction,
–  de la littérature scientifique.

NB : pour la pourriture grise, en raison d’une faible présence de la maladie et d’absence d’analyses en 2018, la note rapporte les éléments déjà présentés en 2017.

Substances, modes d’action et classification

Toutes les substances actives rentrant dans la composition des produits autorisés au moment de la rédaction de cette note pour protéger la vigne contre les quatre maladies sont listées. Les recommandations indiquées dans les tableaux visent à prévenir et gérer spécifiquement les phénomènes de résistance. Selon les situations, il s’agit soit de limiter, voire stopper la progression d’une résistance récemment détectée, soit d’optimiser l’efficacité au terrain des modes d’action pour les résistances établies. Il s’agit de limiter ainsi l’impact négatif d’applications répétées de fongicides rendues moins efficaces, voire inutiles, à cause des phénomènes de résistance. Chaque mode d’action est associé aux codes proposés (1) dans la classification unifiée du réseau R4P (www.inra-r4p.fr; DOI 10.17605/OSF.IO/UBH5/ ), et (2) dans la classification du FRAC (codes mode d’action et code cible séparés par «/»; http://www.frac.info/). Dans chaque classification, des codes distincts indiquent des modes d’action distincts, pouvant être combinés dans les stratégies de gestion des résistances.

Prophylaxie et qualité de pulvérisation
Une nécessité pour améliorer la stratégie de protection en limitant les risques de résistance.

Les conditions de réussite de la protection du vignoble vis-à-vis des maladies sont d’autant plus favorables que sa mise en œuvre est accompagnée- d’une qualité de pulvérisation irréprochable, et de la mise en œuvrede mesures prophylactiques qui viennent limiter le développement des maladies.

Ces mesures participent à limiter les tailles des populations (diminuer l’intensité des épidémies) de champignons pathogènes et, de ce fait, contribuent à la limitation du risque de résistance(s).

Pour l’ensemble des maladies, les mesures prophylactiques passent par :

– la limitation de la vigueur par le raisonnement, dès l’implantation de la vigne, du choix d’un porte-greffe adapté, et éventuellement du cépage et du clone. Sur une vigne en production, la vigueur peut se maîtriser par la diminution des apports (notamment azotés) et par l’enherbement permanent (spontané ou maîtrisé) : en fonction des possibilités techniques et de la diminution de vigueur recherchée, la largeur de la bande enherbée pourra être modulée.
– des rognages raisonnés pour éliminer la jeune végétation (très sensible au mildiou) et permettre une meilleure pénétration de la bouillie lors de la pulvérisation, améliorant ainsi l’efficacité de la protection.

En ce qui concerne plus spécifiquement le mildiou, il convient en outre :

– d’éviter la formation de mouillères en favorisant l’élimination des excès d’eau,
– d’éliminer tous les rejets (pampres à la base des souches, plantules issues de la germination de pépins,…) qui favorisent l’installation des foyers primaires de mildiou et participent au démarrage précoce de l’épidémie.

En ce qui concerne plus spécifiquement la pourriture grise, la prophylaxie doit s’appliquer, quel que soit le risque parcellaire. En effet, en cas de risque faible, la prophylaxie rend souvent inutile l’application de traitements. Il convient de :
– bien aérer les grappes par une taille et un mode de palissage qui assurent une répartition homogène des grappes. L’ébourgeonnage, le rognage, l’effeuillage et, éventuellement, l’éclaircissage permettent d’éviter l’entassement de la végétation,
– limiter les blessures des baies par une maîtrise correcte des vers de la grappe et de l’oïdium lors de fortes pressions afin de diminuer les portes d’entrée du champignon dans les baies,
– limiter les blessures engendrées lors des opérations d’effeuillage en effectuant les réglages adéquats du matériel utilisé.

Généralités sur les stratégies de gestion de la résistance.

De manière générale, la prévention et la gestion des résistances reposent sur la diversification de l’usage des modes d’action qui s’appuie sur différentes stratégies : limitation des traitements, association de modes d’actions différents, alternance des modes d’action, mosaïque territoriale et modulation de la dose (peu utilisée en viticulture pour gérer la résistance). Les stratégies anti-résistance visent à maximiser l’hétérogénéité de la sélection par les fongicides et ainsi à réduire l’adaptation des populations.

Limitation des traitements : l’efficacité de cette stratégie repose sur une réduction quantitative de la pression de sélection. De manière plus générale, toute mesure (par exemple la prophylaxie – voir plus haut) se substituant à un traitement fongicide et contribuant à diminuer les épidémies fongiques participe à limiter le risque de résistance et doit donc être utilisée prioritairement.

Association des modes d’action :cette stratégie consiste à associer deux substances de modes d’action différents (ne présentant pas de résistance croisée positive) se protégeant mutuellement du risque de résistance. Cette stratégie peut être mise en défaut si l’un des partenaires présente déjà une résistance. Les associations d’un mode d’action concerné par la résistance et d’un multisite (non concerné par la résistance) visent principalement à gérer l’efficacité de la spécialité.

Alternance des modes d’action au sein d’un programme et/ou au fil des saisons :cette stratégie consiste à introduire, entre 2 applications d’un même mode d’action, une ou plusieurs applications avec des modes d’actions différents, dénommées breakers. Elle permet d’exercer des pressions de sélection diversifiées dans le temps, pour diminuer la fréquence des individus résistants dans les populations à chaque mode d’action au fil des générations. Cette stratégie ne peut être effective que si les descendants des individus résistants sélectionnés par un mode d’action sont éliminés par un mode d’action différent. Cette stratégie est d’autant plus efficace que les individus résistants présentent une fitness réduite (moindre compétitivité par rapport aux individus sensibles). Il faut dès lors qu’il y ait concomitance entre changement de génération et changement de substance active. Pour limiter la résistance, le nombre de breakers à introduire entre deux applications du même mode d’action est donc à raisonner, en théorie, d’une part selon la durée des générations (dépendante des conditions climatiques) et d’autre part selon la rémanence des substances utilisées. Des travaux récents, réalisés avec des substances rémanentes, montrent que deux applications consécutives gèrent plus efficacement la résistance qu’une alternance avec un seul breaker.

Mosaïque territoriale :cette stratégie correspond à l’utilisation de plusieurs modes d’action au même moment, mais dans des parcelles différentes, pour limiter les « effets de masse » et créer une hétérogénéité spatiale de la sélection. L’efficacité de la mosaïque est réputée varier selon les distances de migration des bioagresseurs.

L’efficacité de l’alternance et de la mosaïque, destinées à éteindre des foyers de résistance en émergence, varie donc en fonction des modes d’action et de la biologie des agents pathogènes. Il est ainsi difficile, en l’état actuel des connaissances, de faire des recommandations précises (en particulier concernant un nombre de breakers) permettant de couvrir toutes les situations.

Enfin, ces stratégies anti-résistance ne peuvent avoir un intérêt pour limiter l’évolution des résistances que lorsque ces dernières ne sont pas généralisées dans les populations, i.e. lorsqu’il existe encore une marge de progression des résistances (phase d’émergence ou de sélection). Il s’agit alors de ralentir, stabiliser, voire faire régresser, la résistance dans les populations. On parle alors de « gestion de la résistance». Dans les situations où la fréquence des individus résistants est importante et stabilisée dans les populations, et où la gestion de la résistance n’est plus possible, les applications de fongicides visent essentiellement à compenser la perte d’efficacité totale ou partielle causée par la résistance pour maintenir un contrôle acceptable de la maladie en situation de résistance. On parle alors de « gestion de l’efficacité». Dans la colonne « Recommandations » des tableaux qui suivent, la finalité a été précisée en utilisant les mentions « gestion de la résistance » ou « gestion de l’efficacité » pour chaque mode d’action et pathogène.

 

Télecharger la note de l’IFV en pdf.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.