Bilan général de la campagne phytosanitaire 2017

Les informations de ce document sont un bilan des observations faites lors de suivis phytosanitaires uniquement chez nos clients. Il peut donc ne pas être représentatif de l’ensemble du vignoble bordelais et différer de bilans réalisés par d’autres organismes.

Météo :

Après des mois de décembre et janvier secs (-80% de précipitations par rapport aux normales), la fin de l’hiver a été de saison.

Le printemps a malheureusement été caractérisé par deux nuits de gel. La première a eu lieu entre le 20 et le 21/04. Elle fut relativement modérée et n’impacta que les secteurs les plus sensibles. La seconde (du 27 au 28/04) fut beaucoup plus sévère et toucha une large partie du vignoble bordelais détruisant parfois la quasi-totalité de la future récolte dans certaine propriétés.

Le mois de juin a quant à lui été chaud (21,7°C en moyenne soit +2°C par rapport aux normales) et très pluvieux sur sa dernière semaine (avec 136,9mm soit +120% par rapport aux normales). Il a été suivi d’une importante période de sécheresse (-52% de précipitations de juillet à novembre). Néanmoins, l’ensoleillement au mois de juillet fut très faible, ce qui entraina régulièrement de longues périodes d’humectations. Seul septembre fut relativement proche des normales. Octobre fut particulièrement sec excepté le premier week-end du mois, très arrosé, qui obligea fréquemment à accélérer la récolte pour ne pas voir pourrir la vendange.

La campagne 2017 fut globalement marquée par deux gelées tardives fin avril, une pluie importante la dernière semaine de juin, un manque d’ensoleillement et de fortes humectations en juillet et une longue période de sécheresse (environ -280mm d’octobre 2016 à septembre 2017).

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Phénologie / physiologie :

-21/03 : Stade B « bourgeon dans le coton » régulièrement observé.

-10/04 : On observe les stades C ou D « sortie des feuilles » sur Merlot voire le stade E « 2 à 3 feuilles étalées » sur les parcelles les plus précoces (une petite semaine de retard sur 2016).

-17/04 : Grappes visibles sur Merlot, Cabernet franc et Malbec. Stade C encore régulier sur cépages tardifs.

-23/04 : Première gelée blanche ou de rayonnement (nuit du 20 au 21/04). Grappes séparées sur les cépages précoces des secteurs non touchés.

-01/05 : Second épisode de gel, beaucoup plus important. Les compteurs sont, dans de nombreux cas, remis à zéro. Pour le reste, le stade F se généralise.

-09/05 : On observe une assez forte hétérogénéité et ce sans compter l’impact du gel : stades D « 1ères feuilles étalées » à H « Boutons Floraux Séparés » sur secteurs non gelés.

-15/05 : Généralisation du stade H sur secteurs non gelés. Les toutes premières fleurs sont observées sur merlots en zones précoces (15 jours d’avance par rapport à 2016, le retard de début de saison est rattrapé). Sur parcelles gelées, on remarque des démarrages de contre-bourgeons ou de pampres directement sur le vieux bois, voire d’entre-cœurs sur rameaux partiellement gelés.

-22/05 : Floraison bien enclenchée sur de nombreux secteurs. En zone gelée, la repousse s’accélère excepté sur quelques vieux Cabernets sauvignons qui peinent à redémarrer.

-29/05 : Pleine floraison. Celle-ci est précoce. En effet, 2017 semble proche de 2011 (floraison mi-mai) et plutôt en avance sur les millésimes 2009, 2012, 2015 et 2016 (floraison fin mai). La nouaison a déjà débuté sur les parcelles les plus précoces. En secteurs gelés, la repousse est active.

-06/06 : Stade « fin floraison » encore possible sur Cabernets sauvignons. Pour le reste, on observe régulièrement des grappes au stade « grain de poivre » voire « petit pois ». Sur parcelles gelées, les grappes sont au stade « boutons floraux agglomérés ».

-12/06 : Stade « grain de poivre » généralisé (les parcelles les plus tardives sont début nouaison et les plus précoces, « petit pois »). Les vignes gelées approchent voire atteignent la floraison.

-19/06 : Stade « petit pois » régulier. Les Cabernets francs les plus précoces ont débuté la fermeture de grappe. En secteurs gelés, la floraison est généralisée mais les repousses restent très faibles voire nulles sur vieux Cabernets sauvignons.

-26/06 : La fermeture de grappe se généralise y-compris sur Cabernets sauvignons. Les vignes gelées entament la nouaison.

-02/07 : Certaines baies sont déjà translucides au soleil. Les parcelles gelées sont au stade « nouaison » voire « petit pois ».

-10/07 : On remarque les premières baies vérées sur Merlots et Sauvignons blancs. Mêmes bases phénologiques que 2011 (très précoce) avec une semaine d’avance sur 2015, deux sur 2014 et 2016, trois sur 2009 et 2012. Les vignes gelées sont encore au stade « petit pois ».

-16/07 : La véraison démarre lentement.

-24/07 : Mi véraison déjà bien atteinte sur certains Sauvignons blancs, Malbecs voire Merlots. Le stade « fermeture de grappe » est désormais atteint sur vignes gelées.

-31/07 : Tandis que les cépages précoces ont dépassé la mi véraison, les Cabernets francs et Petits Verdots ne montrent que quelques baies roses. On observe les toutes premières baies colorées sur vignes gelées.

-07/08 : Les écarts de véraison d’une parcelle à l’autre, d’un cep à l’autre, voire, sur les secteurs gelés, d’un côté du pied à l’autre, sont importants.

Le début des vendanges est précoce : fin août pour certains blancs secs et mi-septembre pour les rouges. En raison de l’hétérogénéité due au gel, des précipitations de début octobre et de la pression botrytis, certaines parcelles ont dû être vendangées précipitamment et n’ont pu atteindre une maturité optimale.

Pression parasitaire :

Mildiou

La toute première contamination calculée par notre modèle est celle du 01/05. Néanmoins, cet épisode n’a pas engendré de sortie de symptôme sur notre secteur.

Les tous premiers symptômes de mildiou sporulés ont été découverts dans le Gers sur une parcelle sensible, non gelée, suite à une contamination du 01/04.

Dans le secteur, les premières contaminations importantes ont été calculées par notre modèle suite aux précipitations des 30/04, 01/05 et 05/05 (voir graphique ci-dessous).

La toute première tache a ensuite été observée autour du 22/05 dans le Médoc (elle avait été observée dès le 21/04 en 2016). De nouvelles contaminations ont été calculées sur les pluies du 17 au 20/05 (voir graphique ci-dessous). Ces dernières ont entraîné de rares symptômes observés le 29/05 en Libournais. A partir de début juin, cette sortie de foyers s’est généralisée, notamment en Libournais. A la mi-juin, on peut observer, localement, plusieurs taches au rang et quelques pieds fortement atteints.

Fin juin, les symptômes sont réguliers mais limités (on observe fréquemment un seul cep, localisé, entièrement couvert de symptômes – souvent la conséquence d’un défaut de pulvérisation ou de levages tardifs). Néanmoins, la dernière semaine de juin a été marquée par de fortes précipitations (voir graphique ci-dessous) et les conditions climatiques ont donc été particulièrement favorables à la maladie.

A partir du 10/07, les sorties de foyers liées aux contaminations de la fin juin ont été observées. La plupart des vignobles suivis étaient bien couverts et les dégâts ont donc été bien moins importants que ce à quoi nous nous attendions et essentiellement localisés sur haut de feuillage. Les premières sorties sur grappes nous ont été signalées.

Fin juillet, on observe des symptômes sur grappes de manière plus régulière. Des pluies faibles mais régulières et de longues durées d’humectations favorisent les phénomènes de repiquage.

Début août, les situations avec sorties significatives, sur jeunes pousses et hauts de feuillage, ne sont plus rares. On observe également du rot brun sans qu’il n’y ait aucune tache sur feuille.

En fin de campagne, les symptômes sont réguliers mais souvent limités sur le haut du feuillage. On observe peu de rot brun mais avec des intensités parfois moyennes sur certaines parcelles où la pulvérisation n’était souvent pas optimale ou qui ont été relevées tardivement.

Le graphique ci-dessous illustre un exemple de modélisation mildiou. On y trouve les précipitations et températures moyennes pour l’une de nos stations de référence. En fonction de ces données climatiques, sont calculées les dates théoriques de germination des oospores de mildiou. Puis, en fonction d’autres facteurs comme le stade physiologique de la plante, on détermine si la germination a entrainé une contamination (points gris sur le graphique) ou non (points noirs sur le graphique). Pour chaque contamination est calculée une sortie théorique de foyers (points violets).

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Black-rot

Mi-avril, les conditions, presque continentales, sont défavorables. Par la suite, les précipitations des 30/04, 01/05 et 05/05, comme pour le mildiou, ont été favorables à la maladie. Fin mai, aucun symptôme n’est avéré mais de nouvelles contaminations sont régulières.

Le 06/06, une présence de symptômes est signalée par le BSV. Les contaminations calculées sont toujours régulières.

Fin juin, quelques foyers, souvent localisés, sont repérés. Cette dernière semaine, très arrosée, est également très favorable à la maladie.

A la mi-juillet, les symptômes observés sont finalement très rares mais les conditions climatiques sont toujours favorables. On nous signale cependant quelques foyers sur grappes.

Oïdium

Fin avril, les conditions sont encore défavorables mais quelques foyers primaires peu agressifs sont calculés par nos modèles.

Ce sont les précipitations des 30/04, 01/05 et 05/05 qui engendrent le calcul de contaminations. Des foyers primaires et secondaires sont alors observés sur Chardonnay (cépage très sensible).

Par la suite, de nouvelles contaminations sont calculées sur les pluies du 17 au 20/05 puis de manière régulière jusque mi-juin.

Le 29/05, des symptômes sont signalés par le BSV. Nous en repérons le 16/06 sur un vignoble à historique de St Estèphe.

Fin juin, nous repérons quelques symptômes de manière plus régulière mais souvent sous forme de foyers très localisés.

A partir de début juillet, l’approche d’une fermeture de grappe généralisée sonne la fin de la période de sensibilité.

Botrytis

La dernière semaine de juin, très pluvieuse, a été favorable. Par la suite, nous avons en effet observé quelques baies atteintes, de manière parfois régulière, sur certaines parcelles.

A la mi-juillet, nous notons quelques foyers importants sur Sauvignons et Sémillons vigoureux. Nous remarquons également la présence régulière de baies botrytisées sans perforation de vers de grappe.

Fin juillet, la plupart des baies récemment touchées ont séché mais les longues humectations sont favorables au redémarrage des attaques.

A la récolte, nous observons des foyers importants et les précipitations du 1er week-end d’octobre ont parfois mené à anticiper les vendanges.

Le Potentiel de Réceptivité des Baies (PRB) au Botrytis était médiant cette année (proche de 2016, supérieur à 2014/2015 et bien inférieur à 2013). La teneur en tanins pelliculaires (qui constituent une défense contre le botrytis) était plus élevée qu’en 2016.

Vers de grappe

Source : Réseau RVS (MD)

Fin mars, les premières captures sont enregistrées : Cochylis en Nord Médoc et Eudémis en bergeraçois. Mi-avril, ce départ de vol se confirme et Eudémis fait également son apparition dans le secteur. Début mai, des pontes parfois importantes sont observées, notamment sur des parcelles très touchées fin 2016. Mi-mai, le niveau des captures diminue suite à l’épisode de froid mais de nouvelles pontes sont observées sur des secteurs à fort historique. Le 22/05, les premiers glomérules sont signalés. Ils deviennent réguliers et parfois déjà très nombreux fin mai.

Mi-juin, de nouvelles captures significatives sont signalées. Le départ du second vol est confirmé fin juin mais est très irrégulier d’un secteur à l’autre. Il est notamment bien lancé sur Lussac, Bourg et Barsac concernant Eudémis et en Nord Médoc concernant Cochylis. Mi-juillet, nous constatons que ce deuxième vol a été finalement presque inexistant sur le secteur que nous suivons. Probablement gêné par les pluies régulières. Fin juillet, nous observons quelques perforations mais la pression est globalement faible à nulle.

A cette même période, le début du troisième vol est confirmé dans le Gers et dans le Sud Gironde. Le 07/08, les premières captures sont relevées sur notre réseau à Barsac et signalées un peu partout mais très dispersées et irrégulières. Fin août, nous observons encore des captures mais toujours faibles et localisées. Début septembre, la fin du vol est confirmée. Ce dernier a été très difficile à caractériser et parfois non détecté. Il a été inexistant pour Cochylis. Nous n’avons observé que très peu de pontes et perforations de cette troisième génération.

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CONCLUSION

Ce millésime 2017 fut malheureusement principalement marqué par deux gelées tardives. Elles ont détruit jusqu’à 95% de la future récolte sur certaines propriétés. Les nouvelles grappes issues des contre-bourgeons ont souvent peiné à arriver à maturation. De plus, les pluies de début octobre ont amplifié les attaques de botrytis et il a parfois fallu anticiper les vendanges.

Le mildiou a quant à lui mis du temps à se faire connaître. Néanmoins, les fortes pluies de la dernière semaine de juin ont pu entrainer de nombreuses contaminations, notamment sur les vignobles qui n’avaient pu renouveler correctement les traitements.

Heureusement, les autres maladies n’ont été des problématiques que secondaires et ont peu marqué ce millésime.

Il en est de même pour le ver de grappe. Après une première génération assez importante, principalement sur les secteurs les plus touchés en 2016, les deux vols suivants ont été bien plus faibles et très irréguliers.

Concernant la Flavescence Dorée, la quasi-totalité des pieds repérés par notre équipe sont ressortis Bois Noir cette année.

Côté réglementaire, nous recontrons ce mois-ci les principales firmes. Il devrait y avoir pas mal de changement concernant le cuivre. Pour le moment, il est homologué à 30kg maximum sur 5 ans en AB. Il n’existe pas de limite en conventionnel. Hors la dose limite devrait prochainement être revue à la baisse (4kg/ha/an) en AB comme en conventionnel. Attention, il existe dailleurs un nouveau Nordox (dosé à 45%) qui, s’il est utilisé au moins une fois, limite déjà automatiquement la dose de cuivre métal à 4kg/ha/an quels que soient les cuivres utilisés pour les autres traitements. De plus, tous les cuivres actuellement homologués ou qui repassent à l’homologation se voient attribuer une ZNT de 50m et un DVP (Dispositif Végétalisé Permanent) de 20m.

A noter qu’il est possible de réduire une ZNT de 20 à 5m ou de 50 à 5m à condition de respecter trois obligations :

-La présence d’une bande enherbée d’une largeur de 5m au moins en bordure du point d’eau avec présence d’un dispositif végétalisé ou arbustif de la hauteur de la culture en place.

-Enregistrement de tous les traitements appliqués sur la parcelle (cahier de traçabilité).

-Utilisation de buses anti-dérives homologuées.

Concernant le DVP de 20m, il peut être composé de la bande enherbée obligatoire de 5m et d’un enherbement inter-rang sur au moins 15m.

Enfin, pour ce qui est des produits, nous vous parlions l’an dernier de la molécule Cos-Oga (noms commerciaux : Blason, Bastid, Messager). Celle-ci devait être homologuée AB en 2017 mais ça n’a pas été le cas. Peut-être en 2018.

Cette année, la molécule Cerevisiane (nom commercial : Romeo) pourrait aussi être intéressante. Il s’agit également d’un SDN anti-mildiou, anti-oïdium à utiliser en association avec une dose réduite (moins 25%) de cuivre ou soufre. Sa rémanence serait de 7 jours maximum. Elle est limitée à 10 applications/ha/an avec 7 jours minimum entre deux applications. Selon la firme, elle serait utilisable en AB.

Il y aura certainement d’autres nouveautés tant techniques que réglementaires avant le début de campagne. Nous reviendrons alors vers vous en temps voulu.

 

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